• En rangeant le fatras de mon grenier, je suis tombé, au milieu d'un remarquable fouillis poussiéreux, sur un vieux livre grand format et sa reliure rouge : "Les Aventures de Mr Pickwick"... Il dormait là depuis près de soixante-dix ans ! Je l'avais reçu à la distribution des prix de mon école d'Ivry, et le maire communiste d'Ivry, Georges Marrane, m'avait fait la bise à cette occasion. Pour autant, cette accolade prolétarienne, citoyenne et municipale ne m'a pas encouragé à lire l'ouvrage, que j'ai vite refermé après en avoir lu les premières lignes, qui m'avaient bien emmerdé dans mon jeune âge... On dit qu'il faut donner du temps au temps.. C'est donc ce que j'ai fait, et largement, puisque je ne l'ai ouvert à nouveau que ces jours-ci ! Il était grand temps, si je ne voulais pas risquer de  tomber dans l'au-delà sans l'avoir jamais lu !...  Eh bien je peux le dire, j'ai gardé mon âme d'enfant, car les aventures de ce Mr Pickwick  m'ont autant emmerdé que dans mes très lointains souvenirs !... Je n'accroche pas du tout à ces historiettes  de Pickwick, un hurluberlu à qui il arrive toutes sortes de petites  anecdotes fadasses, avec une sorte d'humour "so british" qui m'indiffère totalement. Les personnages sont surannés et d'une ringardise pas possible ! La différence par rapport à autrefois, c'est que j'ai lu le livre jusqu'au bout, et que donc on peut dire également que j'ai bu le calice jusqu'à la lie !.. Je ne parle même pas du style, complètement désuet et vieillot....J'avais beau me répéter que Dickens était un grand écrivain.. Rien à faire !  J'ai préféré de loin David Copperfield, ou encore De Grandes espérances... Mais au moins, je n'ai plus de doute : dès la fin du confinement, j'irai déposer mon bouquin dans une boîte à livres, pour lui donner une deuxième chance : celle de plaire à un lecteur radin, qui préférera s'emparer de mon Pickwick gratuit , plutôt que de l'acheter pour soutenir les libraires, malgré sa "solidarité" qu'il proclame sur facebook parce que ça ne coûte rien  !... Ah, la nature humaine !


    3 commentaires
  • Maupassant a 36 ans quand il publie Le Horla, recueil de  plusieurs nouvelles, dont la plus célèbre, Le Horla. Plus qu'une nouvelle, Le Horla est un récit autobiographique, puisque Maupassant y décrit ses hallucinations personnelles  : ainsi, alors qu'il se lève chez lui pendant la nuit, il constate que la bouteille pleine d'eau qu'il avait laissée sur la table a été vidée ! Qui l'a bue ?.. Pire, il se regarde dans le miroir.. et ne s'y voit pas, le miroir reste vide de toute image.. Une autre fois, il contemple dans son jardin une jolie rose rouge "Géant des batailles", et c'est alors qu'il voit la tige d'une fleur se plier lentement, se casser, puis la rose s'élever lentement devant lui... Il avance la main pour la saisir, mais pfuiiiit, la rose disparaît !.... Maupassant est alors persuadé qu'un être invisible est près de lui, qui l'épie et le suit. En fait, Maupassant ressent les premières atteintes graves des séquelles nerveuses de la syphilis... Il mourra sept ans plus tard, le 6 juillet 1893, dément et paralysé.... Le recueil comporte d'autres nouvelles, ces merveilleuses histoires que Maupassant raconte mieux que personne, avec une beauté d'écriture et une puissance d'évocation rares...  Il excelle à nous restituer ses émotions, comme dans cette nouvelle intitulée "Amour", où il nous raconte son chagrin soudain : il va à la chasse avec un ami, de bon matin, admirant en même temps le jour qui se lève sur la campagne.. Et puis il tire et abat un oiseau ; c'est une sarcelle qui tombe à ses pieds. Il s'apprête à la ramasser tranquillement, quand il entend des cris déchirants : c'est la sarcelle mâle qui crie, qui hurle son chagrin devant sa compagne tuée, et qui vole tout autour, sans même se méfier des chasseurs.. Alors Maupassant se sent envahi d'une grande tristesse, en voyant que d'un coup de fusil, il a brisé l'amour absolu et total de deux oiseaux qui s'aimaient.. et il quitte la chasse, tandis que son compagnon tire, et abat la deuxième sarcelle, sans états d'âme...

    Admirable Maupassant, à lire et à relire sans retenue, encore et encore.. tout ! Ses nouvelles, ses contes, ses romans..  Et pour celles et ceux qui ne renâclent pas devant les technologies modernes, sachez qu'il suffit de taper maupassant dans Spotify, pour écouter des nouvelles de Maupassant, lues pour vous ! 


    1 commentaire
  • Voici un modeste polar, avec un parfum de régionalisme breton.. Des malfaisants s'en prennent aux trésors des églises : ciboires, calices, tableaux, vitraux...tout y passe. Tout cela alimente des réseaux de trafic d'oeuvres d'art au profit de collectionneurs sans foi ni loi, mais avec un compte en banque bien garni.. Hélas, tout ne se passe pas bien : une grenouille de bénitier qui avait surpris les cambrioleurs en pleine action est grièvement blessée, ailleurs un prêtre, puis deux autres, sont tués.. L'enquête commence.. mais à côté d'une police évidemment nulle et incompétente, voici une jeune peintre, Clémence, dont l'intuition féminine va faire merveille ; et comme elle est peintre, les assassins vont en voir de toutes les couleurs !.. L'histoire se déroule dans les années 1880, en Bretagne et à Paris, on côtoie donc Gauguin, Toulouse-Lautrec et d'autres artistes... L'auteur en profite pour glisser dans son histoire de nombreuses tartines de culture générale et artistique, au grand dam des lecteurs incultes, qui gueulent dans leurs critiques, au lieu d'en faire leur profit !.. Il est vrai aussi qu'un polar ne doit pas se transformer en un cours de fac !... Mais il faut noter qu'il est très facile de sauter les digressions culturelles de l'auteur : on a le droit de rester con et ignare, ça fait partie, hélas, des libertés individuelles !... En résumé, petit polar qui ressemble à un téléfilm de TF1... où tout finit bien !  Ce n'est pas vraiment de la littérature, c'est de la petite bière policière, mais bon, la petite bière, ça se laisse boire !...


    votre commentaire
  • Premier roman de l'auteur, auteure, auteuse ou autrice (rayer les mentions inutiles !) américaine Barbara Kingsolver, ce coup d'essai est assez réussi.   L'héroïne, une toute jeune femme nommée Taylor Greer, n'a pas l'intention de vivre toute sa vie dans le Kentucky, ce pays pourri où les gens végètent dans des vies misérables, tandis que les femmes pondent des chiards avant même d'avoir appris à compter... Elle même, elle bosse depuis plusieurs années dans un labo, où elle compte sous le microscope globules rouges, globules blancs et plaquettes sanguines.. Aucun avenir... Elle décide donc de tout quitter, même sa mère, et part au volant d'une vieille Volkswagen "Coccinelle".. La voilà sur les routes, vers l'Ouest, où se sont toujours dirigés les rêves américains... Mais bientôt, la Volkswagen tombe en panne, il faut payer une réparation coûteuse, mais c'est alors que survient un événement insolite. Alors que Taylor prend un verre dans un bar, une femme s'avance vers elle, lui dépose un bébé dans les bras et s'enfuit !...Que faire ? Taylor ne va pas abandonner le bébé au bord de la route ! Elle repart donc avec ce colis insolite et bien encombrant, terrorisée à l'idée de devoir justifier éventuellement l'origine de cet enfant... C'est une petite fille...Taylor lui donne un nom : "Turtle' (Tortue !), puis poursuit sa route et va rencontrer plusieurs femmes, toutes plus ou moins paumées, car la vie n'est facile pour personne... Quoi qu'il en soit, des relations fortes vont naître entre tous les protagonistes, dont le centre de gravité commun est la petite Turtle !... Cette petite Turtle qui va redonner finalement un sens à la vie de Taylor... Notons enfin que la petite fille, qui se révélera passionnée par les plantes et les légumes qu'elle découvre peu à peu, donnera son titre au roman : l'arbre aux haricots...


    votre commentaire
  • Nick Corey est le shérif de la petite ville de Pottsville, où vivent 1275 âmes... En principe, il devrait y faire régner l'ordre et respecter la loi... Mais il préfère se la couler douce, profiter de son logement gratuit, et de sa vie sexuelle mouvementées, entre sa femme, une maîtresse, puis une autre, ce qui l'oblige à mentir à toutes pour avoir la paix... Pour ce qui concerne les délits, il ferme souvent les yeux, ou les détourne au bon moment, ne se hasardant jamais à tenir tête aux notables ou aux gens influents... Une sorte de lâche tranquille, qui accepte par ailleurs quelques pots de vin ici ou là... Mais à ce petit jeu, des rumeurs courent, laissant entendre qu'il ne sera pas réélu comme shérif, la population préférant un autre candidat, plus sérieux, plus rigoureux.. Un jour, deux souteneurs en viennent même à insulter et défier le shérif.... A partir de là, tout va changer. Nick Corey décide qu'on ne lui marchera plus jamais sur les pieds ! Les gens veulent de l'ordre et de la rigueur ?.. Ils vont en avoir ! Soucieux de sa ré-élection, le shérif va faire la ménage et son colt va lui servir plus d'une fois, pour des règlements de compte définitifs !... Ce roman noir est à lire au deuxième degré, car il est truffé d'humour et de dérision sous l'apparente noirceur de l'histoire... 

    L'auteur, Jim Thompson, né en 1906 et mort en 1977, n'a pas eu de grand succès littéraire. Il est vrai que sa vie ne fut pas une existence modèle. Développant une vision pessimiste du monde, il aime metre en exergue la saloperie humaine sous toutes ses facettes : hypocrisie, vulgarité, sadisme, roublardise, sacrilège, blasphème, érotisme amoral voire immoral.... Il meurt à seulement 71 ans, bouffé par la clope et l'alcool...


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires