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Littérature et écriture, dans les thèmes suivants : récits et nouvelles - souvenirs - chroniques - critiques littéraires et cinématographiques - humour - poésie - voyages et balades -

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Un balcon en forêt - Julien Gracq - 1958 -

 Voici un ouvrage remarquable. Mais ce n’est pas tout de le dire. Il faut aussi dire pourquoi. En fait, en résumant très brutalement les choses, il y a dans ce récit trois éléments superbement imbriqués : une histoire simple, une ambiance mystérieuse faite d’attente, et enfin une superbe écriture… détaillons un peu ces trois éléments :

  • Une histoire simple : nous sommes en 1939, quelque part dans les Ardennes. Un jeune lieutenant, nommé Grange, est affecté dans une « maison forte ». On appelle ainsi une bâtisse fortifiée, une maison dotée d’une sorte de blindage en béton capable de résister aux tirs ennemis. Le lieutenant Grange et ses quelques hommes s’y installent. C’est une maison isolée située en pleine forêt. La guerre est déclarée et on se prépare, on attend l’ennemi… Mais il ne vient pas.  Le livre nous raconte donc l’étrange histoire de ces hommes perdus en forêt, leur existence quotidienne, leur vie  de guerriers sans guerre  : les incursions dans la forêt, la chasse et le braconnage, les consignes et les nouvelles, les moments passés à griller une cigarette en regardant le ciel, et aussi une idylle que Grange noue avec Mona, une jeune femme du hameau proche… Au fil des pages, nous suivons cette interminable attente de « quelque chose » qui ne vient pas. C’est la fameuse « drôle de guerre », cette période étrangement calme qui va de la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 jusqu’à l’invasion allemande du 10 mai 1940….
  • Une ambiance mystérieuse : Elle résulte d’un paradoxe étonnant, puisque toute l’action du livre nous montre l’inaction. Est-ce à dire qu’il ne se passe rien dans ce récit ? Pas du tout ! Car ce qu’on perçoit au long des pages, c’est cette attente interminable qui taraude les hommes de la maison forte, une attente nourrie de toutes sortes de rumeurs, de craintes et d’espoirs en même temps. Et puis autour d’eux, c’est la nature sauvage, les sapins, le temps qui change, la pluie, le soleil, la brume… Et plus loin, dans le lointain, il y a la frontière avec la Belgique… Les hommes écoutent, aux aguets… « Ils » viendront par-là… mais quand ??? Les jours passent, les semaines, puis les mois… Mais un jour, du côté de la frontière, parviennent des bruits, des grondements, des explosions, et l’arrivée de l’ennemi mettra un terme dramatique à la longue attente… Mais je ne vous raconterai pas la fin !
  • Une superbe écriture : Julien Gracq est un ciseleur de phrases, et chaque mot vient à point nommé, précis, juste, imagé, pour nous faire plonger dans une ambiance, un lieu. Mais la peste soit du bla-bla, un extrait vaut mieux qu’un discours, je vous en fais juge :

« Un jour où il regagnait à pied la maison forte- c’était un des derniers dimanches de novembre- la pluie surprit Grange dès les premiers lacets, et, comme il arrivait d’habitude, à peine eût-il atteint le plateau qu’elle tourna décidément à l’averse. Le jour baissait déjà, les nuages glissaient au ras du Toit, accrochant parfois les bosses du plateau qui disparaissaient un moment, roulées dans la brumaille traînante… Ce voyage à travers la forêt cloîtrée par la brume poussait Grange peu à peu sur la pente de sa rêverie préférée ; il y voyait l’image de sa vie… Comme il levait les yeux vers la perspective, il aperçut à quelque distance devant lui, encore à demi-fondue dans le rideau de pluie, une silhouette qui trébuchait sur les cailloux entre les flaques. La silhouette était celle d’une petite fille enfouie dans une longue pèlerine à capuchon et chaussée de bottes de caoutchouc ; à la voir ainsi patauger avec hésitation entre les flaques, on pensait d’abord à une écolière en chemin vers sa maison, mais de maisons, Grange savait qu’on n’en voyait pas à moins de deux lieues, et il se souvint tout à coup que c’était dimanche… »

Inutile d’en dire davantage, il est temps de me taire, après vous avoir vivement engagé à lire « Un balcon en forêt ». Une belle occasion de découvrir Julien Gracq, décédé en 2007, et de passer quelques heures d’une délicieuse lecture.

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