Par Robertcri
Les invités de mon père – film d’Anne Le Ny – 2010 –
Acteurs : Fabrice Luchini, Karin Viard, Michel Aumont, Veronika Novak.
Ce film, qui se veut une comédie, est en fait une sorte de tartufferie. Il abord deux sujets sérieux mais n’ose pas les traiter : les vieux et le sexe, mais aussi les jeunes et l’héritage… Deux tabous ! L’histoire est la suivante : Lucien (Michel Aumont) est un vieux médecin retraité. Toute sa vie il a été résolument engagé dans les causes humanitaires. Malgré ses 80 ans, il continue dans cette voie et annonce qu’il va héberger deux sans papiers. Sa famille accepte volontiers l’initiative, mais elle se montre très surprise en voyant débouler dans l’appartement une jeune Russe, Tatiana (Veronika Novak) et sa fille d’une dizaine d’années. Et l’étonnement de la famille devient stupéfaction inquiète, lorsque le vieux toubib annonce qu’il a conclu un mariage blanc avec sa protégée pour lui permettre d’obtenir des papiers et un titre de séjour en France… Mais bon, après la zoubida qui s’installe déjà au sein de la famille, les choses s’aggravent lorsque la famille découvre ce qui est pourtant une évidence : le vieux s’éclate avec la jeune russe ! Pépé a retrouvé le sourire, l’appétit de vivre, la vie tout simplement !... Bien entendu, c’est inadmissible, dans notre monde où les vieux doivent uniquement être des grands-pères à moitié gâteux, bien entendu castrés et insensibles à la beauté de la jeunesse, juste bons à garder les chiards et à alimenter leur livret de caisse d’épargne… Ils ne doivent en aucun cas être heureux, et surtout pas se taper une jeune : ça c’est l’horreur absolue (sauf s’ils sont de riches chanteurs, auteurs ou compositeurs !)... Et puis le film tangente un second sujet tout aussi tabou : l’héritage… En effet, dans le film, ce qui emmerde la famille, plus encore que les amours du vieux… c’est qu’il dépense trop de sous pour sa tite protégée ! A la limite, que le vieux se tape une jeune, on veut bien à la rigueur, fermer les yeux. Mais qu’il dilapide l’héritage, ça jamais !!! Tant pis pour le vieux ! Là, la famille se mobilise, et vire Tatiana avec fracas ! Quant au vieux, privé de son ultime dulcinée, on le voit finir ses jours, abattu et abruti, seul, dans une maison de retraite, immobile sur un banc face à la mer, une couverture sur ses genoux. Il est malheureux, presque déjà mort, et il le dit. Mais ses enfants s’en foutent : ils ont sauvé ce qui est le plus important pour eux : le pognon ! Le vieux peut donc bien crever, c’est dans la nature des choses !... Les héritiers n’ont qu’un vague remord, lorsqu’ils découvrent par hasard le très bon bulletin scolaire de la fille de Tatiana, que sa maîtresse encourage à continuer de bien travailler : elle ne le pourra évidemment pas, puisque elle doit partir elle aussi, comme sa maman chassée… Mais là encore, les héritiers s’en tapent, malgré leur petit scrupule tardif et de pure forme… Film décevant donc, dans la mesure où il n’offre aucune originalité : j’imaginais le vieux heureux et les enfants privés d’héritage… mais non, tout faux, faut pas rêver ! Force est restée à la loi sociale dans cette comédie franchouillarde : le vieux dans le mouroir et son pognon dans les poches des héritiers ! Etait--il bien nécessaire de faire un film pour ça ?... Saloperie de nature humaine !
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