•  Ibiza était notre petite chatte siamoise. Elle avait 17 ans et deux mois. Elle est morte le 23 septembre dernier. Cela faisait quinze jours qu'elle s'affaiblissait, cela faisait deux jours qu'elle ne s'alimentait plus, et qu'elle refusait même de boire. Je savais la fin imminente. Le 23 septembre, allongée dans son panier, incapable de se tenir sur ses pattes, elle n'avait pratiquement pas ouvert les yeux de la journée. Je veillais sur ses instants ultimes avec cette sollicitude impuissante et maladroite qu'on a toujours avec les mourants, hommes ou bêtes. Pourtant elle a trouvé moyen de me dérober sa mort. Sans doute, par une dernière pudeur, une délicatesse discrète comme seuls en ont les chats, a-t-elle voulu m'épargner de voir le moment précis où elle basculerait dans le néant. Elle a voulu être seule au moment du passage. Alors, à 19 heures elle a miaulé soudain, un cri étrange, inhabituel, que je ne lui avais jamais connu... Alarmé par cet appel, je me suis dit qu'elle souffrait peut-être, et qu'il était inutile et cruel de prolonger cette agonie aussi triste qu'irrémédiable. Mais que faire ? On se trouve toujours démuni devant les êtres que l'on aime, humains ou animaux. A cet instant je me suis brusquement rappelé qu'il me restait quelque part des comprimés de morphine à 10 mg. Et moi qui n'avais guère quitté l'endroit de bien longtemps, je suis sorti de la pièce pour aller fouiller dans l'armoire à pharmacie, dans des placards, un peu partout. Mais quand je suis revenu, comprimé en main, pour endormir Ibiza, j'ai vu que c'était fini. Profitant de ce que j'avais le dos tourné, elle s'était éteinte, bien qu'elle n'ait jamais été une allumée de son vivant... Je l'ai trouvée allongée dans son panier, et ses yeux restés ouverts ne me voyaient plus. Je les lui ai fermés. Elle a rejoint sa copine Sousse, la chatte Korat à la fourrure gris-bleu, ramenée de Tunisie un jour d'été 1995, et morte en avril 2008. Dans un coin du jardin, j'ai creusé la terre, près d'un grand bambou, pour enfouir la dépouille de ce petit félin, enveloppée dans un morceau de drap rose... Ainsi s'est achevée l'existence longue et heureuse, d'Ibiza la siamoise, dans la nuit rapidement venue de ce premier jour de l'automne... C'est l'occasion, hommage posthume, de résumer ci-après sa vie de Siamoise de race Seal Point.

     

    Ibiza n'était point une roturière née au pied d'une gouttière, ou dans une barre d'HLM taguée d'Argenteuil. Que nenni ! Elle était de noble extraction ! Mais remontons le cours du temps... Rassurez-vous, on n'ira pas jusqu'au mythique déluge ni jusqu'aux temps des dinosaures... Arrêtons-nous en 1993, ça suffira... Une infirmière du Service médical d'EDF, avenue de Wagram, m'avait confié qu'elle avait créé un élevage de Siamois. Un truc très sérieux, avec homologation officielle. J'ai donc acheté Ibiza, dont le nom complet était Ibiza du Clos des Tamayas, inscrite au LOF (Livre des Origines Félines)... Si Ibiza avait été appelée ainsi, c'est que, conformément à l'usage en matière de de pedigree, les chats de race nés en 1993 devaient porter un nom commençant par un "i" : J'ai donc choisi Ibiza, clin d'oeil littéraire au séjour de George Sand aux Baléares avec Alfred de Musset pour y abriter leurs amours. Ibiza serait aimée... Ibiza, bien sûr, n'était pas la seule de sa portée, ses frères et soeurs avaient aussi des noms commençant par "i" : Izmir, Isis, Iphigénie, Icare... Ibiza est arrivée à la maison toute petite, à deux mois, encore presque toute blanche, avec une ombre brune, à peine décelable, sur les bout des oreilles, le bout des pattes et la queue... En fait, je me rends compte en écrivant ces lignes qu'il n'y a pas grand-chose à dire de son existence, car la plénitude de sa présence, la chaleur de sa compagnie fidèle, souvent envahissante et très bavarde, ses miaulements variés qui étaient autant de conversations différentes partagées pendant tant d'années, ses regards bleus profonds quand, assise sur ma table, tout près de moi, elle me regardait écrire, tout cela ne se raconte pas, cela se vit et se ressent, car la complicité féline est un bonheur intense, une joie profonde, dans une complicité intime que les possesseurs de chiens ou de femmes ne comprendront jamais... Si Montaigne, quand il écrivait ses Essais, laissait çà et là des pages blanches, c'était tout simplement parce que son chat venait se coucher sur la page de l'écrivain ! Et Montaigne, plutôt que de déranger son chat, continuait sa phrase sur la page suivante ! Souvent, la vox populi prétend que les chats sont indépendants. Or Ibiza était un démenti permanent à cette légende. Ibiza, à de rares exceptions près, était là où j'étais. Si, aux beaux jours, je vaquais au jardin, elle suivait mes pas, allant et venant au gré de mes allées et venues... Et lorsque, lassé de tailler les rosiers, d'éclaircir des fougères, l'envie me prenait de m'asseoir pour regarder le ciel bleu ou lire quelque page d'un bon livre pour me reposer un peu des travaux agrestes, Ibiza ne manquait pas cette occasion de se lover sur mes genoux, dans un abandon confiant et béat... Souvent on dit aussi que les chats ne se plaisent que dans leur maison : Ibiza contredisait également cette réputation : on pouvait l'emmener partout, et partout elle était à l'aise : en voiture, dans une chambre d'hôtel, dans un appartement de vacances, une maison de location... Même pas la peine de l'attacher : dans un bungalow où nous séjournions à Mur-de-Sologne, sur un vaste terrain sans clôture, Ibiza ne dépassait pas les limites de la terrasse du bungalow. Chez nous, jamais elle n'a quitté le jardin... Une sédentaire "collante" voilà ce qu'elle était ! Et qu'elle était belle ! Une top-model dans son genre ! Pas un gramme de trop, jamais plus de 3,5 kg, une belle ligne fluide !... La Claudia Schiffer des chattes, une tite crevette dans son genre !!!... Et, en plus de 17 ans, jamais elle n'a mordu ou griffé qui que ce soit !... Jamais la moindre séparation entre nous, sauf là, en ce fatal 23 septembre 2010, où son petit coeur s'est arrêté en serrant un peu le mien... Mais la vie continue... Ibiza commence une seconde vie, car je l'ai mise au Panthéon de mes souvenirs félins, où sont déjà Sousse, Rubson, Vénusia, Maman-Chatte, Floriane, Nora, Kipic, Griffon, Lucifer...

    On disait autrefois : Le Roi est mort.... Vive le Roi ! Car un roi succédait au roi défunt. A la maison, la relève est assurée : Neige, métissée entre un chat de gouttière tigré et un siamois, est déjà là depuis un an, avec ses yeux d'un gris clair très étonnant... Mais sa corpulence n'a rien à voir avec la belle ligne fluide d'Ibiza... Neige accuse en effet six kilos sur la balance, et autant sur mes genoux où elle se plaît à ronronner souvent ! Si ça continue, on va la débaptiser et on l'appellera... Boule de Neige !... Allez, la peste soit de la peine et du chagrin, regardons l'avenir même s'il s'amenuise... Car l'infini est au fond de nos coeurs et non dans les éphémérides du temps... Pour les félins comme pour les humains, la vie continue... Adieu Ibiza, bonjour Neige !... Le chat est mort, Vive le chat !...


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  • Elle est arrivée en hiver, mais ce n'est pas seulement pour ça qu'elle s'appelle Neige !... Petite histoire de notre nouveau félin : Voici trois ans environ, pour les huit ans de notre petit-fils Vincent, en décembre 2006, notre fille lui offrit un chaton ; et  son pelage était très clair, presque blanc, si blanc même que la petite bête, une femelle, fut baptisée Neige... Quelques mois plus tard, elle se perdit quelque part entre Anglet et Bayonne et on ne le retrouva pas. Les mois passèrent, les années... Et puis en novembre 2009, en faisant du rangement chez elle, notre fille retrouva au fond d'un tiroir un vieux téléphone portable inutilisé, rangé là depuis des lustres... Or, en le mettant en marche, elle eut la surprise d'y trouver un message !... Non, ce n'est pas le chat qui avait appelé!.. Mais presque ! Une dame avait recueilli la bête, et comme icelle portait un collier où figurait un numéro de téléphone, elle avait appelé.. Et c'est ainsi, que Neige fut récupérée ! Certes, elle était moins blanche. Mais surtout entre temps notre fifille avait accru son parc animalier personnel : aux deux chiens golden retriever, Plume et Sultane, s'étaient ajoutés un troisième chien, et deux chats ! Neige se retrouva donc en surnombre ! Que faire ? Mettre Neige à la SPA ? Ah, non, pas ça !... Alors la solution fut vitre trouvée : on a pris Neige avec nous !  Une belle bête : 4,2 kg début novembre 2009 ! La cohabitation avec notre vieille Siamoise Ibiza se révéla problématique pendant quelques jours...Mais les chats sont beaucoup moins cons que les hommes, et les chats ne se foutent pas sur la gueule comme les Palestiniens et Juifs pendant des décennies !.. Au bout d'une semaine, Neige et Ibiza fumèrent le calumet de la paix. Le poids de Neige monta à près de 5 kg, contre 3,2 kg pour Ibiza la menue... Mais attention, "la chef" c'est Ibiza ! Jamais Neige ne se hasarde dans la gamelle d'Ibiza ! Elle attend prudemment à un mètre, que la sénior ait fini de manger. Elle sait déjà qu'Ibiza ne finit jamais son écuelle ; alors quand la siamoise en a terminé et s'éloigne, Neige se précipite pour la curée !... Neige s'est bien intégrée, et elle est à l'aise partout ! Elle s'est bien adaptée à notre appartement d'Anglet... Elle a passé deux jours sans problème chez notre neveu Laurent dans l'Yonne, avant de prendre possession, fin décembre 2009, de notre maison de Vitry... Et puis là, fin janvier 2010, c'est un nouveau séjour à Anglet où nous sommes venus en voiture.... avec Ibiza et Neige bien entendu ! Tout cela se passe très bien ! Neige est devenue très familière : je ne peux pas m'asseoir cinq minutes dans un fauteuil sans qu'elle vienne sur mes genoux, se vautrer en des poses alanguies et ronronnantes !... Et puis ce midi, elle a rencontré, en tout bien tout honneur, un copain : Peluche, le chat tigré de notre voisin de palier ! Le contact a été très cordial !  Bienvenue donc à Neige ! 


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  • Tom

    Tom, tu n’as pas été notre chat, et tu aurais dû, en conséquence,  ne pas figurer dans ce blog : on ne peut pas parler ici de tous les chats du monde ! Pourtant, tu as tout de même passé quelques jours chez nous. Tu étais en transit, et cette qualité est suffisante pour que tu aies droit à ces quelques lignes, qui me permettent, du coup, d’afficher la seule photo que nous ayons de toi… En outre, tu n’étais pas tout à fait un chat venu d’ailleurs : tu étais un des innombrables enfants de la Maman Chatte ! Certes, à ta naissance, tu as eu de la chance, car tu étais promis à une euthanasie certaine : impossible en effet de garder tous les petits de ta trop prolifique maman ! Pour un peu, je t’aurais endormi définitivement avec de l’éther, comme il m’arrivait de devoir le faire, quelquefois… Mais une amie d’alors, Isabelle, ayant manifesté le désir de t’adopter, cela te sauva ! Tu la suivis un peu plus tard, tu étais beau, tout ébouriffé… Tu étais prêt pour une nouvelle existence, dans une autre maison. Mais la chance est un plat qui ne passe qu’une fois, hélas. Et à quelque temps de là, ce fut le drame fatal. Comme il arrive souvent aux petits chats indisciplinés ou imprudents (les deux défauts pouvant se cumuler !), tu t’es aventuré dans la rue,  une voiture est arrivée trop vite, et ta vie a cessé... Le temps a passé sur les mémoires, et comme l’a chanté Brassens « On oublia l’événement »… Pas tout à fait pourtant, petit Tom, car tu vois, dans ce blog on parle encore de toi, et on te voit  en photo !


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  • Un nom de chien  pour un chat, c’est un peu bizarre, j’en conviens !Bizarre aussi de l'appeler par un nom masculin, alors que Griffon était une femelle !... Mais la bizarrerie fait partie de la vie. Et tout fut bizarre dès le début, pour cette chatte. Un samedi matin, c’était il y a bien longtemps, en 1976, j’étais parti faire quelques courses à Continent. C’était un hypermarché, disparu aujourd’hui et remplacé par Carrefour. J’étais allé acheter quelque chose pour nos chats, je ne sais plus trop quoi, une laisse il me semble… J’étais entré dans la petite animalerie jouxtant l’hypermarché, j’avais choisi mon article et je m’apprêtais à payer,  lorsque le commerçant me montra une cage à oiseaux… Et je découvris une bizarrerie : la cage ne contenait pas d’oiseaux, mais elle n’était pas vide : elle renfermait un petit chat ! Un vrai chat de gouttière, tigré aux teintes brunes, fauves et noires, avec le poil assez long…

    « Je vous le donne si vous le voulez, je ne le vends pas ! ». Le commerçant m’expliqua comment on avait trouvé ce chaton, et comment il avait décidé, lui, mercanti au grand cœur, de le proposer à ses clients ! Gratuitement, sans le vendre ! Vous voyez bien qu’on est encore dans la bizarrerie : un commerçant qui donne quelque chose ! C’est une trahison à Mercure... c'est bizarre ! Quoi qu’il en soit, je revins à la maison avec un chatte de gouttière ! Curieusement, cet animal ne nous a pas laissé un grand souvenir. Nous qui aimons tant les chats… encore une bizarrerie ! Griffon semble ne s’être jamais complètement intégrée à notre maison, à notre vie… On dit souvent que ce ne sont pas les maîtres qui choisissent leur chat, mais les chats qui choisissent leurs maîtres ! C’est sans doute vrai : Griffon ne nous a pas choisis. D’ailleurs, autre bizarrerie dans le monde félin, Griffon n’a jamais été très propre, se laissant aller à faire pipi, ou pire, un peu partout dans la maison, dans tous les coins… Bizarrerie suprême, Griffon ne parvint jamais à se choisir des maîtres. Voyant qu'elle ne se plaisait décidément pas chez nous, on l'installa à Ivry, chez ma mère et mon frère... Cela ne lui convint pas non plus. Elle allait et venait dans la rue, de maison en maison, s'installant finalement le pavillon au numéro 11 de la rue, mais passant de temps à autre chez ma mère, tout de même...  Et puis elle a disparu comme disparaît finalement toute vie, sans qu'on en sache rien, ça aussi, pour un amoureux des chats, c’est vraiment bizarre ! Je vous l’avais dit, avec cette chatte, tout a été bizarre, depuis le début dans une cage à oiseaux jusqu’à une fin incertaine,  loin de nous, à notre insu! Bizarre, bizarre !... Vous avez dit bizarre ?... Comme c'est bizarre !...


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  • LES YEUX DES CHATS

     

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    Leurs grands  yeux dans la nuit petits points de lumière<o:p></o:p>

    Ont dans l’obscurité des éclats de rapière<o:p></o:p>

    Et leurs prunelles claires, telles des lanternes magiques<o:p></o:p>

    Lancent de l’or natif aux reflets métalliques,<o:p></o:p>

    Regard des chats la nuit, lumière énigmatique<o:p></o:p>

    Qui offre un double écho à la lune plénière.<o:p></o:p>

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    Robert Lasnier<o:p></o:p>

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