| Accueil | Livre d'or |
|
Articles de la rubrique "LE MONDE COMME IL VA"
Le jardin de Bagnolet
Mercredi 26 Novembre 2008 à 22:58 Publié par Robertcri dans LE MONDE COMME IL VA
J’en conviens, il faut être pervers ou mal inspiré pour aller traîner de ce côté, dans cette banlieue industrialisée dans le pire sens du terme. Mais il y parfois du meilleur dans le pire comme il y a des pépites dans la terre grise. Le promeneur qui déambule dans Bagnolet est abasourdi par le contraste étrange de cette proche banlieue, au nord-est de Paris ; au milieu de la ville, on franchit un pont, et l’on voit alors, en dessous, un long et double ruban de béton qui est comme une échappée sur le 21ème siècle et son flot bruyant de véhicules : c’est l’autoroute A3, une large percée de béton qui fonce vers l’aéroport Charles-de-Gaulle de Roissy. L’endroit constitue un décor futuriste, synonyme de vitesse et de progrès…Tant de bagnoles... à Bagnolet après tout, on devrait s’y attendre !... Mais à peine a-t-on franchi le pont, que soudain on a l’impression étrange d’accomplir un voyage insolite et inattendu, non pas dans l’espace mais dans le temps. A deux cents mètres du vacarme autoroutier, surgit brutalement devant nos yeux le spectacle étonnant et suranné d’un jardin de banlieue. Au fond, on voit une humble maison grise au crépi lépreux, dont la façade basse est depuis longtemps lézardée. Les volets de bois s’écaillent, laissant voir un peu de bois vermoulu sous la peinture verte. Des rideaux, tricotés au crochet, habillent les fenêtres. A l’avant de la maison s’étend le jardin, véritable survivance des temps anciens : un jardin de banlieue, presque un jardin à la campagne comme il y en avait tant encore il y a une cinquantaine d’année. Sagement alignés dans des planches séparées par de minuscules allées de terre tassée, des légumes s’épanouissent encore sous le ciel bas d’octobre : il y a là des choux pommelés, des laitues quelque peu chétives, tout un fouillis bleuté de poireaux, le feuillage finement dentelé des carottes, et toutes ces plantes potagères qu’on ne voit plus guère de nos jours que sur les étals des grandes surfaces. Il y a de la beauté et de la nostalgie dans ce jardin de Bagnolet, souvenir émouvant, presque incongru, des temps qui ne sont plus. Et puis, un peu à l’écart, poussent aussi quelques massifs de fleurs : des rosiers aux fleurs rouges, mais surtout des dahlias, aux teintes nostalgiques : longues pointes blanches des dahlias-cactus au cœur jaune safran, larges fleurs saumonées alourdies par la pluie, tendres boules nacarat des dahlias pompons, comme endormis là en attendant l’hiver… Rien de moderne ici, les piquets pour tenir les tomates sont en châtaignier, un vieux salon de jardin en rotin grisonne sous le soleil pâle et semble attendre un improbable visiteur, un arrosoir renversé traîne sous un robinet de laiton jaune. A côté sur un tabouret, un chat noir et blanc dort en rond. On dirait que la vie ici s’est arrêtée en un autre siècle, où tout allait moins vite… où l’on savait prendre son temps… Avant de m’éloigner, je regarde longuement cette humble maison et son petit jardin de banlieue. Mais je suis sans illusion. Quand je reviendrai ici, un jour, plus tard, elle aura sans doute disparu. A la place s’élèvera un immeuble avec des fenêtres écologiques à triple vitrage, caméra vidéo et code numérique à l’entrée… La maison et son jardin avec ses fleurs et ses légumes ne seront plus qu’un vague souvenir avant de sombrer dans l’oubli… Tout passe, dit ma concierge… Sic transit gloria mundi disent les plus lettrés, mais ça revient au même !...
Liste des 2 commentaires pour cet article :
Posté par MENEGMJFICTIONS | Jeudi 27 Novembre 2008 à 08:02
Posté par Lou foque | Jeudi 27 Novembre 2008 à 06:55 |
Mon profil
Mes rubriques
Mes flux RSS
Ami(e)s sur KaZeo (19)
Newsletter
Mes statistiques
Derniers commentaires
Horloge
|
